Résumé
- L´ancien diocèse de Bâle
- L´ancien diocèse de Constance
- Vers une nouvelle organisation
- Le nouveau diocèse de Bâle
- Liste des évêques du diocèse depuis 1828
Résumé
On remonte jusqu´au 4e ou 5e siècle de notre histoire pour trouver les premières traces du diocèse de Bâle. L´évêque résidait à Bâle jusqu´au temps de la Réforme. Le saint empereur Henri II (973–1024), en particulier, en fut un des grands protecteurs. Il est d´ailleurs considéré comme le deuxième patron du diocèse.
De 1528 à 1792, le siège de l´évêque se trouvait à Porrentruy, puis pour un temps à Offenburg. Depuis 1828, Soleure est la résidence de l´évêque. La Haute-Alsace a fait partie du diocèse de Bâle jusqu´à la Révolution.
De 999 à 1802 l´évêque était prince-évêque, c´est-à-dire à la fois dignitaire de l´Eglise et prince du Saint Empire romain-germanique. En tant que prince, il gouvernait sur la partie du pays qui comprend le canton du Jura actuel, le Jura bernois, la vallée de Laufon, le Birseck et Pfeffingen. La perte de cette double fonction nécessita, au début du 19e siècle, la remise en question des frontières du diocèse. Un accord établit alors les termes de cette nouvelle organisation. Il s´agissait d´un contrat entre les gouvernements des cantons de Soleure, Lucerne, Berne, Zoug et le Saint-Siège. Six autres cantons ont par la suite adhéré au concordat.
La deuxième moitié du 20e siècle nous a apporté des modifications sensibles. Le Concile Vatican II (1962–1965) a proposé une nouvelle conception de la pastorale et de la transmission de la foi. Le Synode 72 (1972–1975), ainsi que le Rassemblement oecuménique «Justice, Paix et Sauvegarde de la Création» de Bâle ont également ouvert de nouvelles perspectives pour la vie religieuse de notre diocèse.
1. L´ancien diocèse de Bâle
En l´an 346 – à l´époque où les Romains occupaient le pays – un synode provincial se tint à Cologne auquel participa l´évêque des Rauraques, Justinien. Les Rauraques habitaient alors la région au bord du coude du Rhin aux environs de Bâle et formaient la cité des Rauraques, qui avait pour capitale Augusta Rauricorum (Kaiseraugst). C´est ici et non pas encore à Bâle que résidait ce premier évêque dont le nom nous est connu. Le territoire (civitas) des Rauraques a probablement déjà délimité l´ancien diocèse de Bâle.
Puis, pendant près de 300 ans on n´entend plus parler d´un évêque. Entre-temps, les migrations ont submergé la domination romaine. Les peuplades païennes allemannes se sont installées. Après la destruction de Kaiseraugst, le reste de la population romaine et chrétienne a probablement pu se mettre à l´abri, en particulier dans des lieux fortifiés tels que Bâle. Ragnachaire, évêque de Bâle et de Kaiseraugst, est cité en 615.
Et il faut à nouveau attendre plus de cent ans jusqu´à ce qu´un troisième évêque de Bâle soit mentionné: Walaus en 740.
A l´époque carolingienne, le diocèse gagna rapidement en importance. Ses frontières furent délimitées: il comprenait la région entre l´Aar et le Rhin, la Haute-Alsace et le Jura jusqu´au Doubs. Deux hommes célèbres ont été mandatés par Charlemagne pour la conduite du diocèse: Valdo (jusqu´en 805) et Heico (805–823), lesquels furent en même temps abbés de Reichenau.
Sous l´évêque Adalbert II (999–1025), le diocèse connut un nouvel essor : le roi Rodolphe III de Bourgogne céda à l´évêque l´abbaye de Moutier-Grandval et ses dépendances. Après l´ajout d´autres donations, mais aussi après la perte de droits et d´autres pertes occasionnées par la Réforme, la principauté épiscopale s´étendait du lac de Bienne jusqu´aux portes de Bâle. La partie sud de la principauté entretenait des liens plus étroits avec la Confédération helvétique (la ville de Bienne comme alliée, et la prévôté de Moutier-Grandval comme combourgeoise de Berne); alors que la partie nord faisait partie du Saint Empire. Toutes les régions de la principauté n´étaient pas sous le pouvoir spirituel de l´évêque de Bâle. Bienne et Saint-Imier relevaient de l´autorité spirituelle de l´évêque de Lausanne; Porrentruy et l´Ajoie de celle de l´évêque de Besançon; et les trois enclaves sur la rive droite du Rhin de celle de l´évêque de Constance.
Signe de son importance au Moyen-Age, la ville épiscopale de Bâle fut choisie pour un concile qui débuta en 1431, sous le pontificat d´Eugène IV. Ce concile ne compte pas au nombre des conciles célèbres, car très vite l´assemblée s´est trouvée en tension avec le pape. Au moment où le concile devait se poursuivre en Italie à cause de l´union avec les Grecs, le conflit éclata ouvertement. Le pape Eugène IV transféra le concile à Ferrare en 1437 et plus tard à Florence. La minorité fidèle au pape – à laquelle appartenait également Nicolas de Cues (l´un des hommes les plus importants de son époque) – quitta Bâle. Pourtant le concile, séparé désormais du pape, continua de siéger jusqu´en 1448. En 1439 il prononça la destitution du pape Eugène IV et choisit Amédée VIII de Savoie comme dernier anti-pape de l´histoire. Amédée prit le nom de Félix V.
En 1458, Enée Silvio Piccolomini, un célèbre humaniste et ancien secrétaire du concile de Bâle (jusqu´en 1442) fut élu pape. Il prit le nom de Pie II. L´évêque Jean V de Venningen (1458–1478) profita de ses relations et déposa une requête auprès du pape pour la fondation d´une université. En 1460 l´évêque put inaugurer l´université qui est d´une grande importance aujourd´hui encore.
A côté de ces points marquants, la période du Moyen-Age a connut à vrai dire d´autres périodes. Le diocèse souffrit des guerres et du poids des dettes. Cependant, l´évêché compta plusieurs évêques zélés et compétents.
Christophe de Utenheim (1502–1527) en fut. Soucieux de la réforme de l´Eglise, il s´appliqua particulièrement au renouveau du clergé. Des contemporains ont salué sa modestie, son érudition et sa droiture. Mais de fortes oppositions se manifestèrent contre la volonté de réforme de l´évêque, à commencer par celles du Chapitre cathédral. La ville de Bâle, confédérée depuis 1501, chercha à jeter bas les derniers restes de la puissance temporelle de l´évêque. Bâle prit sous sa protection des prêtres opposés aux réformes catholiques et s´ouvrit à la Réforme sous la direction d´Oecolampade, pasteur et professeur à l´université.
Alors que Philippe de Gundelsheim (1527–1533) était évêque, Bâle adopta la Réforme. L´évêque Philippe quitta Bâle et s´établit à Porrentruy qui relevait à l´époque de la juridiction de l´archevêque de Besançon. C´est seulement depuis 1779 que Porrentruy a été réuni au diocèse de Bâle en échange des paroisses francophones de la Trouée de Belfort. Le Chapitre cathédral quitta également la ville de Bâle pour s´établir à Fribourg en Brisgau. En 1678, il revint sur le territoire du diocèse à Arlesheim. La cathédrale d´Arlesheim date de cette époque. Cependant, à l´intérieur même de la Principauté des seigneureries adhérèrent à la Réforme, sous l´influence de Bâle, de Berne, de Bienne et de Neuchâtel. A cette époque le diocèse connut le risque d´éclater.
L´évêque Jacques Christophe Blarer de Wartensee (1575–1608) peut être considéré comme le restaurateur de l´Evêché. Il fit sienne – avant ses voisins – la volonté de réforme du concile de Trente. Il fit venir dans son pays les jésuites et les capucins pour remédier aux abus et pour donner un nouveau souffle à l´Eglise. Il réussit également à faire revenir le Laufonnais et le Birseck à la foi catholique. Les baillages méridionaux de l´Evêché demeurèrent quant à eux réformées.
Le diocèse eut encore à endurer diverses misères. La partie de la principauté épiscopale qui appartenait au Saint Empire fut dévastée lors de la guerre de Trente Ans. La Haute-Alsace devint en grande partie française. Au 18e siècle il y eut encore dans la principauté épiscopale quelques révoltes contre l´autorité du Prince.
Puis survint la Révolution française. Sous l´évêque Joseph de Roggenbach (1782–1794) les troupes françaises occupèrent – dans leur guerre contre le Saint-Empire – la partie non confédérée de la principauté épiscopale. Après la conquête de la Confédération helvétique, tout le territoire de l´ancienne principauté épiscopale fut rattachée à la France en tant que Département du Mont Terrible et plus tard réunie au Département du Haut-Rhin.
La Haute-Alsace fut séparée du diocèse en 1790. Et quelques années plus tard, la région de l´ancienne principauté épiscopale – en tant qu´appartenant à la France – fut réunie au diocèse de Strasbourg.
L´évêque Joseph mourut éloigné de ses Etats. François Xavier de Neveu fut choisi à Fribourg en Brisgau pour lui succéder. Il était natif d´Arlesheim, mais sa famille s´était établie à Offenburg (Pays de Bade). Il résida d´abord à Constance, puis – après quelques autres lieux – il se fixa à Offenburg. Son diocèse ne se composait plus que des régions catholiques du Fricktal, lesquelles avaient appartenu à l´Autriche jusqu´en 1802, et de la partie du diocèse dans le canton de Soleure.
2. L´ancien diocèse de Constance
Sur les 360 paroisses que comptait le diocèse de Bâle lors de sa réorganisation, 160 appartenaient à l´ancien évêché; 6 étaient originairement lausannoises; 194 originairement du diocèse de Constance. Ainsi, une grande partie des paroisses ont des liens historiques avec Constance, le plus grand diocèse de l´époque au nord des Alpes. Le diocèse de Constance englobait de grandes parties de l´espace alléman. Il s´étendait depuis Ludwigsburg au nord de Stuttgart jusqu´aux sources de l´Aar et du Petit-Bâle jusqu´à Kempten. Sa fondation remonte à l´époque des invasions barbares. Au Moyen-Age il était divisé en 10 archidiaconats. Ceux de Thurgovie, de Zurich, d´Argovie et de Bourgogne se situaient sur le territoire suisse actuel. Au débuts du 17e siècle on dénombrait quatre régions : la Souabe, l´Allgau, le Brisgau et la partie helvétique.
Parmi ses évêques, Constance compte deux saints: Conrad (934–975) et Gérard (979–995). Les évêques résidaient depuis la Réforme à Meersburg où fut bâti plus tard le séminaire diocésain. L´ordinariat résidait à Constance. En dépit de la grandeur et de l´importance de leur diocèse, les évêques de Constance ne purent créer qu´une petite principauté épiscopale au territoire dispersé. Sur la rive gauche du Rhin, Arbon, Bischofzell, Gottlieben, Zurzach en faisaient partie. De plus, les évêques furent obligés, en ces lieux, de reconnaître la souveraineté de la Confédération. Les Confédérés ont d´ailleurs souvent rendu difficile la tâche des évêques de Constance. Avant la Réforme les territoires confédérés se rebellèrent contre de nombreuses tentatives de réforme provenant des évêques. Ils le firent en invoquant leurs droit et leurs us et coutumes. Depuis le 16e siècle apparurent sans relâche des projets pour dissoudre la région suisse de Constance et fonder leur propre diocèse. L´établissement d´une nonciature à Lucerne (1579) ne contribua pas à renforcer le lien avec l´évêque. Pourtant, le rapport au diocèse alla s´améliorant depuis la création d´un commissariat épiscopal en Suisse centrale, situé d´abord à Lucerne en 1605. La nouvelle réglementation des rapports Eglise-Etat occasionna le déclin du diocèse de Constance. Le dernier prince-évêque de Constance, Charles Théodore de Dalberg (1800–1817), évêque d´autres diocèses encore, abandonna la conduite du diocèse à son vicaire général Ignace Henri de Wessenberg. Celui-ci fut une des figures les plus controversées de l´époque. Il était imprégné de l´Auflklärung catholique et était convaincu qu´il fallait lutter contre Rome pour une plus forte indépendance de l´Eglise allemande. C´est pourquoi beaucoup lui reprochèrent son rationalisme et son esprit d´indépendance à l´égard de Rome. Wessenberg se soucia surtout d´une bonne formation du clergé et du renouvellement de l´instruction religieuse. Il exigea que soit apportée chaque dimanche la prédication en même temps qu´un enseignement chrétien. Il introduisit également en langue allemande de nouveaux formulaires pour les fêtes religieuses et pour l´administration des sacrements.
Le premier janvier 1815 le pape Pie VII sépara la partie helvétique du diocèse de Constance. La région fut placée sous l´autorité du prévôt de Beromünster, François Bernard Göldin de Tiefenau. Après la mort de ce dernier en 1819, le pape en confia l´administration à l´évêque de Coire Charles Rodolphe Buol de Schauenstein. Les régions soleuroises du diocèse de Constance furent attribuées au diocèse de Bâle, y compris Lucerne en 1820. Les autres régions du diocèse de Constance situées en Suisse font partie depuis lors du diocèse de Coire. En 1821 le diocèse de Constance fut déclaré dissout.
3. Vers une nouvelle organisation
Le diocèse de Bâle – avec ses régions catholiques peu nombreuses – n´était presque plus viable. L´évêque vivait éloigné de son diocèse. D´autre part, la question des diocèses en Suisse devait être revue comme en d´autres pays également. En 1814 le pape Pie VII plaça à nouveau le territoire de l´ancienne principauté épiscopale sous la conduite spirituelle de l´évêque de Bâle. Par le Traité de Vienne en 1815 ce territoire fut rattaché à la Suisse : la plus grande partie au canton de Berne et une plus petite partie, le Birseck, au canton de Bâle. Le canton de Soleure – qui jusqu´alors se situait sur trois diocèses différents (à Constance pour la partie sur la rive droite de l´Aar; à Lausanne pour la partie sur la rive gauche de l´Aar jusqu´à Sigger, y compris la ville de Soleure; à Bâle pour les territoires restants) – fut également attribué au diocèse de Bâle. Les cantons de Berne, Bâle, Zoug, Argovie et Thurgovie étaient également intéressés à un règlement de la question des diocèses par un rattachement au diocèse de Bâle.
Après plusieurs difficiles négociations entre les cantons et Rome, on parvint en mars 1828 au Concordat entre les Etats de Lucerne, Berne, Soleure et Zoug. La ville de Soleure fut désignée comme le siège du diocèse restauré. Il fut convenu que l´adhésion au Concordat serait laissée ouverte au cantons d´Argovie, Thurgovie et Bâle ainsi que leur participation au Chapitre cathédral. De plus l´évêque fut assuré que si ces cantons devaient adhérer, il pourrait nommer un évêque auxiliaire. L´adhésion au Concordat fut également rendue possible aux Etats qui appartenaient jadis au diocèse de Constance, pour autant que l´accord en soit donné du côté de la papauté.
Le 7 mai 1828 le diocèse de Bâle fut réorganisé et délimité de façon nouvelle par le pape Léon XII et sa bulle « Inter praecipua ». En plus des Etats concordataires quelques autres régions des territoires d´Argovie et de Bâle faisant déjà partie de l´ancien diocèse de Bâle furent comptées comme parties intégrantes. La même année encore, le canton d´Argovie adhéra au Concordat. En 1829 ce fut au tour des cantons de Thurgovie et de Bâle. Mais les cantons de Berne et de Bâle n´adhérèrent cependant au Concordat que pour les territoires de l´ancienne principauté épiscopale cédés par le Congrès de Vienne. Après la séparation du canton de Bâle en deux Etats, les droits et les obligations d´un Etat diocésain se transmirent à la région dans laquelle se trouvait le Birseck. Le Petit-Bâle, région située sur la rive droite du Rhin, appartenait au diocèse de Constance. En 1798 le conseil de Bâle accorda aux catholiques l´usage de l´église Sainte-Catherine située dans le Petit-Bâle. En 1815 une ordonnance papale transféra la direction spirituelle de cette région à l´évêque de Bâle.
Dans le canton de Berne, les régions de la rive gauche de l´Aar, ainsi que la ville de Berne, faisaient partie du diocèse de Lausanne. Une commuauté catholique s´était également formée dans la ville de Berne. Après des querelles avec l´évêque de Lausanne dont le siège se situait à Fribourg jusqu´en 1613, des négociations aboutirent en 1864 au rattachement de la paroisse de la ville de Berne et de toute la région du canton de Berne au diocèse de Bâle.
De son côté, le canton de Schaffhouse ne comptait qu´une seule communauté catholique: Ramsen. Cette dernière fut placée – comme tous les autres territoires du diocèse de Constance – sous l´administration de l´évêque de Coire. Après la réorganisation du diocèse de Bâle, le gouvernement de Schaffhouse voulut placer Ramsen sous la juridiction de l´évêque de Bâle. Le projet ne put cependant aboutir. Tandis que dans la ville se constituait une communauté catholique, on parvint en 1841 à une convention entre le canton de Schaffhouse et l´évêque de Bâle. Elle fut signée par les Etats diocésains, mais la ratification en fut refusée par la curie romaine. Alors que l´évêque de Coire refusait de reconnaître le premier curé de Schaffhouse, le nonce intervint et conseilla de placer la paroisse sous l´autorité de l´évêque de Bâle, lequel autorisa le curé nommé à exercer son ministère. En 1858 on parvint à un nouvel accord déclarant que l´ensemble du canton devait adhérer au Concordat. A vrai dire, cet accord fut signé par le gouvernement et par l´évêque, mais ne fut jamais ratifié par Rome. Depuis cette époque la paroisse de Ramsen est placée sous l´administration du diocèse de Bâle. Cependant – en 1882 encore – l´organisation de la communauté catholique de Ramsen laissait ouverte encore la question de son appartenance diocésaine.
En 1978 les cantons de Bâle-Campagne, Bâle-Ville et Schaffhouse adhérèrent pleinement au Concordat.
Le canton du Jura nouvellement constitué au 1er janvier 1979 n´adhéra pas automatiquement au Concordat, mais régla son adhésion par un accord supplémentaire ratifié en 1981 par le Département fédéral des Affaires étrangères et par la Nonciature apostolique en Suisse.
De même les cantons d´Obwald, Nidwald et Uri souhaitèrent rejoindre le diocèse de Bâle. Un accord entre les deux cantons et Rome fut signé en 1831. Pourtant les Etats diocésains refusèrent d´approuver cet accord.
4. Le nouveau diocèse de Bâle
Quelques mois seulement après la réorganisation du diocèse, l´évêque François Xavier de Neveu mourait à Offenburg, le 23 août 1828. Le 10 décembre 1828, Joseph Antoine Salzmann de Lucerne était élu évêque du nouveau diocèse. L´évêque Salzmann fit preuve de l´indispensable capacité de traiter avec les gouvernements qui se mêlaient souvent et volontiers des affaires internes de l´Eglise.
Son attitude – parfois indécise – ne fut pas appréciée partout. Ainsi l´évêque fut blâmé dans un bref du pape Grégoire VII. Salzmann pensa alors sérieusement à renoncer à sa charge. Les tensions avec les gouvernements furent déclenchées en particulier par les Articles de Baden en 1834, en vertu desquels les cantons libéraux tentaient d´amener l´Eglise sous leur surveillance. Ainsi tous les décrets romains et diocésains devaient être désormais soumis à l´accord des autorités publiques et tous les prêtres devaient prêter serment de fidélité. A cette époque les troupes bernoises occupèrent le Jura; des troupes argoviennes le Freiamt, parce que les ecclésiastiques et le peuple refusaient d´accepter les Articles de Baden. Après avoir gardé le silence sur les Articles, l´évêque Salzmann dut pourtant ensuite manifester sa désapprobation. Sa situation devint encore plus difficile à l´époque de la suppression des couvents et des troubles de la guerre du Sonderbund. En 1841 le canton d´Argovie supprima l´ensemble de ses convents.Trois couvents de femmes ont été rétablis. En 1847 on en arriva à la guerre du Sonderbund au cours de laquelle les cantons radicaux prirent le dessus sur les cantons conservateurs et occupèrent les cantons de Lucerne et de Zoug. En 1848 ce fut au tour de la Thurgovie d´abolir les couvents (Sankt Katharinental ne le fut qu´en 1869). Lucerne décréta la fermeture de l´abbaye des cisterciens de Sankt Urban et du monastère des cisterciennes de Rathausen.
A l´intérieur de l´Eglise ni les attitudes de Salzmann, ni les circonstances de l´époque ne permirent de réorganiser le diocèse et de le doter d´une bonne administration. Toutefois, l´évêque Salzmann peut être considéré comme le nouveau fondateur du diocèse. Par son attitude conciliante, il a conduit le diocèse de Bâle au travers des premiers combats difficiles.
Durant la courte période de ministère de son successeur, l´évêque Charles Arnold-Obrist (1854–1862) prévalut le souci de reconstruire la paix et d´améliorer les relations avec les Etats diocésains. Ses années de ministère furent comme le calme avant la tempête.Il connut pourtant aussi son lot de difficultés: ses lettres pastorales furent interdites et le nouveau catéchisme de 1859 fut refusé par de nombreux cantons. Sous sa juridiction, une visite systématique de toutes les paroisses connut un grand succès. L´évêque donna des conférences pastorales dans les cantons de Soleure, Bâle-Campagne et dans le Jura bernois. Le 4 janvier 1860, en s´appuyant sur le Concordat, il put ouvrir le séminaire diocésain dans le couvent des franciscains de Soleure.
Le choix de l´évêque Eugène Lachat (1863–1885) fut particulièrement recommandé par le gouvernement bernois. Durant son épiscopat éclatèrent les dissensions les plus vives entre l´Eglise et l´Etat. L´évêque Lachat eut également à en souffrir personnellement. Durant les premières années de son épiscopat, il réussit à introduire un catéchisme unifié pour l´ensemble du diocèse. Mais déjà s´annonçaient les premiers signes avant-coureurs de la tempête. Quelques cantons interdirent la promulgation du «Syllabus» pontifical : document qui exacerbait de façon inutile les tensions entre l´Eglise et de nombreux gouvernements d´Europe. Tandis que l´évêque Lachat participait au Concile Vatican I, les Etats diocésains supprimèrent le séminaire de Soleure. Le gouvernement bernois expulsa les soeurs enseignantes hors du Jura. Alors qu´à la suite du Concile Vatican I quelques prêtres prirent position contre les décrets du Concile, en particulier contre la déclaration de l´Infaillibilité, la conférence des Etats diocésains fit savoir qu´elle refusait la publication du dogme de l´Infaillibilité pontificale et demandait la révocation des ecclésiastiques en fonction de leur prise de position. Puis comme l´évêque avait suspendu de leurs fonctions deux ecclésiastiques, les Etats diocésains le suspendirent en janvier 1873 contre l´avis des cantons de Lucerne et de Zoug. L´évêque Lachat dut quitter la résidence épiscopale de Soleure et se réfugia dans le canton de Lucerne. Parce qu´il refusait d´élire un nouvel évêque, le Chapitre cathédral fut dissout en décembre 1874. Le Kulturkampf s´enflamma particulièrment dans le Jura bernois où 97 ecclésiastiques furent expulsés; dans le canton d´Argovie où les derniers couvents – à l´exception de Fahr – furent supprimés; dans le Fricktal où une série de communautés vieilles-catholiques furent fondées; dans le canton de Soleure où à Olten et dans les environs, ainsi qu´à Soleure et à Granges les catholiques se divisèrent, au couvent de Mariastein où la vie devint impossible. Les chapitres collégiaux de Soleure et de Schönenwerd furent également supprimés.
En 1878 l´évêque Lachat rétablit le séminaire diocésain de Lucerne. Durant les douze années de son exil à Lucerne, l´évêque Lachat confirma plus de huit mille jeunes venus des cantons dans lesquels l´évêque ne pouvait plus exercer d´activité pastorale. Ce mouvement témoignait de la fidélité à l´égard de l´évêque Lachat. Dans le monde catholique l´évêque Lachat était tenu en haute estime en tant que « Confesseur de la foi ». L´intervention du Conseil fédéral permit de résoudre cette crise. L´évêque Lachat démisionna en 1884 et reprit l´administration apostolique du Tessin. Le Tessin fut officiellement rattaché aux évêques de Bâle en 1888, lesquels – jusqu´à l´évêque François von Streng y compris – portèrent le titre d´évêque de Bâle et de Lugano.
Le successeur de l´évêque Lachat, l´évêque Frédéric Fiala (1885–1888) fut salué comme «l´évêque de la paix». Il tenta de mettre de l´ordre dans les affaires du diocèse et d´améliorer les rapports avec les Etats diocésains. Son successeur Léonard Haas (1889–1906) put poursuivre dans la voie que l´évêque Fiala avait tracée. Après une période de tensions succédait désormais un temps de construction. L´évêque Haas visita toutes les paroisses du diocèse et convoqua en 1896 le premier synode du nouveau diocèse de Bâle. L´année suivante, il fit publier les statuts diocésains et fit paraître un nouveau rituel diocésain salué en son temps comme un chef-d´oeuvre. Il consacra de nombreuses églises, en particulier dans les régions de la diaspora. Il favorisa la célébration digne de la liturgie: tout particulièrement le chant de l´assemblée. Durant les décennies qui précédèrent et qui suivirent le tournant du siècle les associations catholiques étaient florissantes et marquèrent la figure de l´Eglise y compris dans le diocèse de Bâle. Quelques-unes de ces associations durent leur essor à l´initiative de laïcs clairvoyants. A l´intérieur de celles-ci commençait déjà à se faire jour la représentation d´une coresponsabilité des laïcs au sein de l´Eglise.
L´évêque Jacob Stammler (1906–1925) entretint – comme son prédécesseur – de bonnes relations avec les Cantons. Alors qu´une évolution ultérieure sereine semblait garantie, de nouvelles préoccupations s´annoncèrent. La période avant-guerre suscita un grand essor qui n´alla pas sans générer son lot de misères sociales. Des travailleurs étrangers arrivèrent en Suisse et rendirent nécessaire l´édification de paroisses supplémentaires. Durant la période de ministère de l´évêque Stammler, la première Guerre Mondiale fit rage dans les pays voisins. Les difficiles années d´après-guerre suivirent avec leur cortège de difficultés.
L´évêque Stammler se soucia tout particulièrement de la bonne formation des futurs prêtres. Son ordonnance sur les études pour les étudiants en théologie stipulait que seuls les étudiants au bénéfice d´un certificat de maturité fédérale pouvaient accéder aux études de théologie. De même, soucieux de la qualité de l´enseignement religieux, il édita un catéchisme à l´usage des écoles publiques. Le mouvement liturgique commença de porter ses premiers fruits avec la première parution en 1909 d´un manuel de chants et de prières pour l´ensemble du diocèse de Bâle. En tenant compte des situations nouvelles, l´évêque Stammler réorganisa le diocèse et créa un grand nombre de nouveaux doyennés.
Au cours des années de crise économique l´évêque Joseph Ambühl (1925–1936) se révéla comme l´évêque des oeuvres caritatives. Il créa les «Oeuvres diocésaines» et fonda l´institution diocésaine «Oeuvre d´aide à l´enfance». Il se soucia tout particulièrement des anciens prisonniers et de la jeunesse en danger moral. Durant son ministère, le nombre des candidats à la prêtrise augmenta fortement. En 1928 l´évêque Ambühl put ouvrir à Soleure le séminaire diocésain pour l´année des ordinations. La formation pastorale et spirituelle lui tint particulièrment à coeur. Il institua dans les décanats la récollection d´un mois (ressourcement spirituel) et convoqua annuellement les doyens pour parler avec lui des questions pastorales. Sous sa juridiction parut le manuel de chants et de prières intitulé «Laudate». Sa sollicitude particulière se porta également sur la diaspora. Il fonda également «l´Oeuvre des églises».
Les trente années de ministère de l´évêque François von Streng (1937–1967) ont vu un ancien monde s´en aller et se lever un nouveau monde, aux contours encore incertains. La seconde Guerre Mondiale n´est pas passée pas sur la Suisse sans laisser de traces. Vers la fin de la juridiction de l´évêque von Streng un nouvel esprit s´est fait jour en de nombreux endroits. L´évêque von Streng a consacré une grande partie de son apostolat au couple, à la famille et à la jeunesse. Par des écrits et de nombreuses conférences il a débattu des problèmes du couple et de la famille. Il a déclaré obligatoire l´éducation chrétienne du dimanche pour les sortants d´école. Les sociétés lui tenaient à coeur : en particulier les sociétés de jeunesse. L´évêque von Streng a participé au Concile Vatican II et a préparé la percée du renouvellement liturgique à venir par un rituel attentif à la langue populaire et par une nouvelle édition du manuel «Laudate». Après la seconde Guerre Mondiale le diocèse a connu une augmentation quasi «fulgurante» du nombre des paroisses, spécialement dans les régions de diaspora. Toutefois se manifestaient également déjà les signes annonciateurs d´une punérie des prêtres. Durant les dernières années de son ministère, l´évêque von Streng a fondé le Conseil presbytéral et le Conseil pastoral, lesquels ont été tous deux présidés par le futur évêque Otto Wüst.
Antoine Hopp, dans: «Au service du salut – le diocèse de Bâle dans l´histoire et au présent». Traduction : Adriano Angiolini.
5. Liste des évêques depuis 1828
Joseph Antoine Salzmann (1829–1854)
Charles Arnold-Obrist (1854–1862)
Eugène Lachat (1863–1884)
Frédéric Fiala (1885–1888)
Léonard Haas (1888–1906)
Jacob Stammler (1906–1925)
Joseph Ambühl (1925–1936)
François von Streng (1937–1967)
Antoine Hänggi (1968–1982)
Otto Wüst (1982–1993)
Jean-Georges Vogel (1994–1995)
Kurt Koch (1996–