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L’Église ne cède pas au chantage

Le père Roland-Bernard Trauffer, vicaire général du diocèse de Bâle s’exprime à propos des sorties d’Église « partielles » et de leurs retombées financières.

Donnant suite au dernier arrêt du Tribunal Fédéral concernant les sorties d’Église « partielles », le diocèse de Bâle a mis au point une procédure particulière permettant de fixer les modalités de cette démarche. Selon ce document, toute personne voulant sortir « partiellement » de l’Église catholique est tenue de verser une contribution de solidarité à l’évêque d’un montant équivalent à celui de l’impôt ecclésiastique dû jusqu’alors. La « Basler Zeitung » a interrogé à ce sujet le vicaire général du diocèse de Bâle, le Père Roland-Bernard Trauffer.

BaZ : Père Trauffer, le Tribunal Fédéral a autorisé une sortie partielle de l’Église catholique. L’évêché vient de présenter des normes particulières à ce propos. Une telle appartenance partielle a-t-elle véritablement un sens ?

Roland-B. Trauffer : La formule « appartenance partielle » est fausse. Il en va ici d’une distinction essentielle : Par le baptême, nous sommes membres de l’Église catholique. Cela est indélébile, car le baptême, qui est un cadeau de Dieu, ne peut pas être annulé. Il en va tout autrement de l’appartenance à une Institution de droit ecclésiastique. Celle-ci est une structure auxiliaire chargée de soutenir matériellement l’action de l’Église. Suivant les constitutions cantonales, cela peut revenir à l’état. Cela a pour conséquence la reconnaissance de l’Église par le droit public. C’est ici que le Tribunal fédéral dit que l’on peut renoncer à cette appartenance sans remettre simultanément en question le baptême. Cela est en principe correct. Mais cela ne doit pas conduire à des abus tel que le retrait de la solidarité matérielle par l’impôt.

BaZ : Vous-même, Père Trauffer, avez expressément mentionné des cas d’exception pour lesquels une telle sortie partielle pourrait être acceptée. Pouvez-vous nommer quelques cas d’exception pour lesquels vous, comme Vicaire général, vous pourriez accepter une sortie de la Collectivité ecclésiastique de droit public tout en demeurant dans l’Église catholique ?

Jusqu’à présent aucun cas ne s’est présenté dans le Diocèse de Bâle. On pourrait imaginer une situation intenable liée au droit ecclésiastique ou bien le fait que l’appartenance à une institution de droit ecclésiastique constitue un grave cas de conscience.

BaZ : Pouvez-vous être plus concret ?

Non, je préfère attendre les premiers cas concrets.

BaZ : L’Église ne courre-t-elle pas le risque de dépendre de personnes relativement riches qui pourraient jouer avec leur appartenance à une commune ecclésiastique ou à une église cantonale ?

Non, l’Église ne cède pas au chantage.

BaZ : Vous estimez à quel nombre par an les cas de sortie partielle d’Église pour le diocèse de Bâle ?

Nous pensons que ce sujet reste marginal et qu’il ne représentera qu’un pourcentage minime.

BaZ : Pensez-vous que le nombre de sorties de l’Église catholique diminuera avec cette possibilité de sorties partielles ?

Non. En fin de compte on se retire toujours complètement lorsque l’on renonce à son Église ou à sa confession, lorsqu’on ne veut plus prendre part à la substance du message ou à l’action de l’Église.

BaZ : Mais le maintien dans une commune ecclésiastique peut-il être inacceptable ? On ne peut pas non plus se retirer d’une commune politique et se considérer simplement comme membre de l’humanité. Mais on doit être enregistré à quelque part.

L’Église n’est pas l’État. Chaque citoyen, chaque citoyenne peut s’inscrire là ou il le veut sans devoir être chrétien ou chrétienne. Cela n’a rien à voir l’un avec l’autre.

BaZ : Les personnes qui se retirent partiellement de l’Église paient une contribution de solidarité à l’évêque. Qui prend en charge l’accompagnement pastoral de ces personnes et qui assure pour eux les services de l’Église ? Est-ce que l’évêque organise cela ou est-ce que cela se passe comme auparavant, par l’intermédiaire des agents pastoraux de l’Unité pastorale en question ?

Selon une vision chrétienne, on ne peut pas voir les choses ainsi. Le paiement d’un impôt d’Église est en premier lieu un acte de solidarité de même qu’une contribution sociale. Il ne s’agit pas d’une contrepartie. Les enfants seront baptisés, les célébrations resteront ouvertes, même si la contribution de solidarité n’est pas reversée localement.

BaZ : Mais sur place, quelqu’un doit baptiser l’enfant ou présider les funérailles. Qui le fait si ce n’est pas l’agent pastoral du lieu ?

Comme déjà dit, aucun cas concret ne s’est encore présenté. Mais, fondamentalement, c’est le responsable pastoral local qui est compétent. Car en arrière fond, il y a toujours des personnes qui sont concernées, qu’il s’agisse de l’enfant ou du défunt, et non pas des considérations matérielles.

BaZ : Si l’accompagnement pastoral reste du ressort des agents pastoraux du lieu, la paroisse recevra-t-elle une part de la contribution de solidarité des personnes sorties partiellement de l’Église ?

De quelle manière une compensation pourrait être reversée localement devra être décidé de cas en cas.

BaZ : Pour quel usage principal sera utilisée la contribution de solidarité des personnes qui sortent partiellement de l’Église ?

L’Église utilise son argent pour une large part dans les domaines de l’entraide, de la pastorale, de l’accompagnement des personnes vers le Christ, de la formation, etc. Les chemins par lesquels les soutiens matériels arrivent ne doivent avoir aucune influence sur l’accomplissement de ces tâches.

BaZ : Pourriez-vous imaginer qu’une sortie partielle de l’Église puisse aussi se faire de façon inverse : à savoir qu’une personne se retire de l’Église catholique mais reste membre de la commune ecclésiastique ou de l’Église cantonale ?

Encore une fois : La corporation de droit ecclésiastique est une importante structure auxiliaire pour l’Église, mais elle n’est pas l’Église. Par ailleurs, si je ne veux plus rien avoir à faire avec l’Église mais que je veux toutefois rester financièrement solidaire, j’enverrais bien plus volontiers mon argent à une œuvre de bienfaisance qui me convient ; par exemple directement à la Croix-Rouge ou à la Croix-Bleue.

 

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